| XXV - Tchécoslovaquie 1968 |
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Le mouvement de mai 1968 en France eut son équivalent en Tchécoslovaquie avec le « Printemps de Prague ». Mais tandis que les naïfs étudiants français dénonçaient la « société de consommation » et que, victimes de la propagande d’un système éducatif dominé par les enseignants marxistes, ils rebaptisaient leurs amphis des noms de Lénine, de Trotski, de Mao Zedong, d’Hô Chi Minh, de Fidel Castro, etc., les étudiants et les intellectuels tchèques se battaient, eux, pour retrouver les libertés les plus élémentaires.
Ces libertés furent cependant jugées intolérables par Moscou, et dans la nuit du 20 au 21 août 1968, les troupes soviétiques renforcées par celles du Pacte de Varsovie, envahirent la Tchécoslovaquie, et noyèrent dans le sang les timides rêves du printemps de Prague.
Le choc en France fut terrible. Parmi ses conséquences, le courant des « nouveaux philosophes », dont l’une des origines fut la découverte du caractère incontestablement totalitaire du système soviétique. Au début des années 1970, André Glucksmann, Jean-Marie Benoist, Bernard-Henri Lévy, pour ne citer que les plus connus, contribuèrent par leurs publications à bouleverser de façon irréversible le paysage intellectuel français.
Mais à l’Est, l’hiver était revenu …
Rappel des événements :
La Tchécoslovaquie des années 1960 vivait une période de dégel politique qui aboutit au « printemps de Prague » : une tentative visant à instaurer un socialisme à visage humain, en démocratisant un système reposant sur des fondements totalitaires. Dès 1967, Novotny, ancien stalinien et premier secrétaire du Parti Communiste Tchécoslovaque, se trouva confronté à un large mouvement d’intellectuels favorables à une extension des libertés publiques et à une libéralisation de la société.
Devant la puissance de ce mouvement, Novotny fut contraint à démissionner, et Dubcek lui succéda le 5 janvier 1968. Début avril, Dubcek présenta un vaste programme de réforme du socialisme, dénonçant les méthodes directives du Parti, la censure, les abus de pouvoir, les atteintes aux libertés individuelles.
Mais cette nette libéralisation du régime fut de courte durée, car elle risquait de faire tache d’huile dans les autres pays de l’Est, au risque de remettre en cause l’emprise de l’U.R.S.S. sur les pays satellites. Après des avertissements répétés, l’Armée Rouge et les troupes du Pacte de Varsovie envahirent la Tchécoslovaquie dans la nuit du 20 au 21 août 1968, et mirent fin en quelques jours, malgré l’héroïque résistance d’un grand nombre de Tchèques, à l’immense espoir qu’avait fait naître le printemps de Prague.
A dater de cette invasion, les troupes soviétiques séjournèrent plus de vingt ans sur le territoire tchécoslovaque, maintenant d’une main de fer la « normalisation » qui n’était rien d’autre que la domination sans partage du parti communiste sur l’ensemble de la société.
Le peuple tchèque dut attendre la chute du Mur de Berlin, en novembre 1989, pour sortir de l’hiver totalitaire dans lequel l’avait replongé le « pays frère » et son Armée Rouge.
Hommage à Jan Palach
Prague, place Venceslas : stèle à la mémoire de Jan Palach et des victimes du communisme. Jan Palach a mis fin à ses jours par le feu afin de protester contre l’invasion soviétique d’août 1968. 800.000 personnes assistèrent à son enterrement.
La lettre de Jan Palach
Etant donné que nos nations sont arrivés au bord du désespoir, nous avons décidé d’exprimer notre protestation et de réveiller le peuple de ce pays de la manière suivante : notre groupe est composé de volontaires décider à s’immoler par le feu pour notre cause. J’ai eu l’honneur de tirer le numéro un et j’ai acquis ainsi le droit d’écrire les premières lettres et de devenir le premier flambeau. Voici nos exigences :
1- Abolition immédiate de la censure
2- Interdiction de diffuser Zpravy (les Nouvelles)
Au cas où nos exigences se seraient satisfaites dans un délai de cinq jours, c’est-à-dire le 21 janvier 1969, et si le peuple ne manifeste pas un soutien suffisant (c’est-à-dire ne décide pas une grève illimitée), alors d’autres flambeaux s’enflammeront.
Le flambeau n° 1.
P.S. Rappelez-vous août ! L’attention internationale est concentrée sur la Tchécoslovaquie. Profitons-en.
Hommage à Jan Zajic
Un peu plus d’un mois après Jan Palach, un autre étudiant, Jan Zajic, s’est à son tour immolé par le feu le 25 février 1969. Il est légitime de lui rendre également hommage, parce qu’il avait exactement les mêmes motivations que Jan Palach, et que son acte est en tout point comparable à celui de son prédécesseur.
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