« Ainsi Héraclite l'Obscur compare l'énergie qui crée le cosmos à un enfant qui rassemble des pierres en jouant, édifie des tas de sable et les éparpille »

Nietzsche, citation du jour publiée le 19 mai -  
XV - Hommage aux hommes lucides qui ont su résister au térrorisme intellectuel : Gide, Orwell, ...
1936, André GIDE
 
En publiant Retour de l’URSS. puis Retouches à mon retour de l’URSS, André Gide a bien déçu des amis pro-soviétiques. E, 1933, Gide faisait encore savoir haut et fort son admiration, son amour pour l’URSS. A son retour, il écrit : « Si je me suis trompé d’abord, le mieux est de reconnaître au plus tôt mon erreur ; car je suis responsable, ici, de ceux que cette erreur entraîne. » Le vieux pacifiste Romain Rolland insulte Gide avec une rare violence. Le communiste Fernand Grenier le ridiculise dans ses conférences. Paul Nizan lui-même regrette que Gide ait rejoint le camp des réactionnaires.
 
« Et je doute qu’en aucun autre pays aujourd’hui, fût-ce dans l’Allemagne de Hitler, l’esprit soit moins libre, plus courbé, plus craintif (terrorisé), plus vassalisé ; »
 
Retour de l’URSS, Gallimard, 1936, p.67
 
De ce fait, les Retouches accentuent la rupture avec le progressisme philocommuniste. Gide persiste et signe. Et pour faire bonne mesure, il ajoute au tableau les procès de Moscou, et les milliers de déportés : « Ces victimes, je les vois, je les entends, je les sens tout autour de moi. Ce sont leurs cris bâillonnés qui m’ont réveillé cette nuit ; c’est leur silence qui me dicte aujourd’hui ces lignes… En faveur de ceux-là, personne n’intervient. Les journaux de droit tout au plus se servent d’eux pour fronder un régime qu’ils exècrent ; ceux à qui l’idée de justice et de liberté tient à cœur, ceux qui combattent pour Thaelmann, les Barbusse, les Romain Rolland, se sont tus, se taisent ; et autour d’eux l’immense foule prolétarienne aveuglée. »
 
Retour à mon retour de l’URSS, Gallimard, 1937, p.66
 
 
1938, Arthur KOESTLER
 
« J’ai vu le peuple russe écrasé par la famine soviétique… et les intellectuels occidentaux achetés à coups de milliers de roubles par les publications d’Etat. »
 
1950, Georges ORWELL
 
« Le Parti veut le pouvoir pour le pouvoir, exclusivement pour le pouvoir. Le bien des autres ne l’intéresse pas. Il ne cherche ni la richesse, ni le luxe, ni une longue vie, ni le bonheur, il ne veut que le pouvoir… Les nazis allemands et les communistes russes se rapprochaient déjà beaucoup de nous par leurs méthodes, mais ils n’eurent pas le courage de reconnaître leurs propres motifs. Ils disaient ne s’être emparés du pouvoir qu’à contrecoeur et seulement pour une durée limitée, et prétendaient que, une fois passé le point critique, il y aurait un paradis où les hommes seraient libres et égaux. Mais nous, nous savons que personne ne s’empare du pouvoir avec l’intention d’y renoncer. Le pouvoir n’est pas un moyen, il est une fin. On n’établit pas une dictature pour sauvegarder une révolution. On fait une révolution pour établir une dictature. La persécution a pour objet la persécution. La torture a pour objet la torture, le pouvoir a pour objet le pouvoir ».
 
1984, Gallimard, 1950