| IV - Communisme et Nazisme : Dire non au tabou de la comparaison ! |
|
1) Un tabou « théologique »
« Faux débat que celui de la comparaison du nazisme et du communisme, nous disent encore certains, qui, fidèles à leurs habitudes, dressent barrières et interdits au questionnement. Pas touche au fond religieux de l’affaire. Argument théologique : la distorsion entre le communisme imaginaire de l’Utopie et l’effroyable réalité stalinienne n’existant pas pour le nazisme, il est déconseillé de penser le léninisme comme intrinsèquement totalitaire.
Outre que le comparable n’a jamais signifié l’identique, en quoi cette distorsion entre le réel de l’Enfer et l’imaginaire de l’Utopie supprimerait-elle la question de la perversion de l’idéal ? Le fasciste certes, est d’emblée dans la négation de la liberté humaine, en accord avec ses principes, qui n’accordent guère de crédit à la quête de la vérité rationnelle. Mais comment qualifier ces gens, communistes staliniens puis communistes maoïstes qui, pour préserver l’idéal qui leur tenait de foi ou de raison d’être, mais aussi de pouvoir moral et intellectuel, ont préféré ne pas savoir ceux qui ce passait dans les cités radieuses du socialisme réel ? On est désarmé par la niaiserie de ceux qui, après s’être crus si intelligents, se contentent de nous dire qu’ils ne voulaient pas « ça »…
Aussi, quand Robert Hue, nous bercent de comptines sur le communisme utopique de Thomas More, il nous amuse. Jamais les comptines de Thomas More ou de Fourier n’ont fait le moindre léniniste et il n’est que de relire L’Etat et la révolution ou Le Renégat Kautsky pour vérifier à quel point non seulement la haine de classe, mais aussi la haine métaphysique envers qui refuse la démiurgie révolutionnaire de l’Homme nouveau s’y expriment crûment. Violence extrême du vocabulaire, insulte, zoomorphisation de l’adversaire réduit à l’état de poux ou de parasite, etc.,le vocable léniniste ne recule devant rien quand à l’anéantissement moral du contre-révolutionnaire ou du traître aux intérêts « objectifs » du prolétariat.
Comme l’a affirmé à maintes reprises François Furet, la gauche intellectuelle, passée maîtresse dans la stratégie de l’incrimination à l’égard du camp honni, n’a pas fait de véritable travail d’analyse quant à ses propres hontes. Où sont les études critiques sur les aberrations philostaliniennes d’Eluard et Aragon, les errements philocommunistes de Sartre ? Par quel miracle les mêmes journalistes mondains qui s’abstiendront de juger Genet pour ses déclarations enflammées contre Israël ou complaisantes à l’égard de l’URSS trouveront-ils suspecte la moindre déclaration de Michel Tournier sur l’Allemagne ? La gauche intellectuelle considère toujours, peu ou prou, que les complicités actives ou passives à l’égard du stalinisme et de ses avatars, sont une faute à relativiser quand l’engouement de nombreux intellectuels pour le fascisme relève, lui, du crime inexpiable ».
Paul François PAOLI, Comment peut-on être de droite ? , p. 37 (Albin Michel, 1999)
2) Un tabou idéologique
« La plupart du temps, les témoignages, les éruptions de la mémoire, les travaux des commissions indépendantes créées à l’initiative de quelques individus – ainsi de la Commission Internationale sur le régime concentrationnaire de David Rousset, ou la Commission pour la vérité sur les crimes de Staline – ont été couverts par la grosse caisse de la propagande communiste, accompagnée par un silence lâche ou indifférent. Ce silence, qui succède généralement à quelque moment de sensibilisation dû à l’émergence d’une œuvre L’Archipel du Goulag de Soljenitsyne – ou d’un témoignage plus incontestable des autres Les Récits de la Kolyma, de Varlan Chalamov ou L’Utopie meutrière, de Pin Yathay, montre une résilience propre à des fractions plus ou moins larges des sociétés occidentales vis-à-vis du phénomène communiste ; elles ont refusé jusqu'à présent de regarder la réalité en face : le système communiste comporte, quoique à des degrés divers, une dimension fondamentalement criminelle. Par ce refus, elles ont participé du mensonge, au sens ou l’entendait Nietzsche : « refuser de voir quelque chose que l’on voit, refuser de voir quelque chose comme on le voit ».
En dépit de toutes ses difficultés à aborder la question, nombre d’observateurs s’y sont essayés. Des années vingt aux années cinquante – et faute de données plus fiables soigneusement celées par le régime soviétique – la recherche reposée essentiellement sur les témoignages de transfuges. Susceptibles d’être nourris par la vengeance, le dénigrement systématique, ou d’être manipulés par un pouvoir anticommuniste, ces témoignages – contestables par les historiens comme tout témoignage – étaient systématiquement déconsidérés par les thuriféraires du communisme ».
Le livre noir du communisme, p. 36
3) Refuser l’amnésie
« L’amnésie du communisme pousse à la très forte mémoire du nazisme et réciproquement, quand la simple et juste mémoire suffit à les condamner l’un et l’autre »
Alain BESANCON, La Malheur du siècle. Sur le communisme, le nazisme et l’unicité de la Shoah
(Fayard, 1998)
|
||||
